L'idée en une phrase : pas besoin d'aimer Mélenchon pour barrer la route à Le Pen.
Un vote antifasciste, pas un vote d'adhésion
Ce kit ne demande à personne de devenir insoumis. Si le second tour oppose Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, comme le prévoient plusieurs sondages (Euronews), voter Mélenchon ce jour-là est un vote de barrage contre l'extrême droite. Ce n'est pas un soutien à sa personne ni à tout son programme.
C'est exactement ce qu'ont fait des millions d'électeurs de gauche en 2002 : ils ont voté Jacques Chirac sans partager ses idées, pour empêcher Jean-Marie Le Pen d'arriver au pouvoir. Le même raisonnement vaut en 2027, dans l'autre sens.
Pourquoi voter contre Le Pen même sans aimer Mélenchon ?
On ne vote pas pour un ami, on choisit à qui on refuse de donner les clés du pays. Un président décevant se sanctionne au bout de cinq ans. Une Constitution changée, des droits retirés et des juges mis au pas, eux, ne se réparent pas à l'élection suivante.
À dire : « Je ne te demande pas d'aimer Mélenchon. Au second tour, je te demande juste qui tu ne veux surtout pas voir à l'Élysée. »
1. Le RN promet l'honnêteté. Sa candidate est condamnée pour avoir détourné de l'argent public.
Le 7 juillet 2026, la cour d'appel de Paris a condamné Marine Le Pen pour détournement de fonds publics dans l'affaire des assistants parlementaires européens : des salaires payés par le Parlement européen entre 2004 et 2016 à des assistants qui travaillaient en réalité pour le parti (LCP).
- Prison : 3 ans, dont 2 avec sursis. L'année ferme peut être effectuée sous bracelet électronique.
- Amende : 100 000 €.
- Inéligibilité : 45 mois, dont 15 fermes. Ces 15 mois sont déjà purgés, car l'inéligibilité s'appliquait depuis le premier jugement. C'est pour ça qu'elle peut se présenter en 2027 (LCP).
Elle s'est déclarée candidate le soir même (La Libre).
À dire : « Ce n'est pas une opinion, c'est un jugement, confirmé en appel. Tu confierais les comptes de ta famille à quelqu'un condamné pour ça ? »
2. La « priorité nationale » trie les gens, et il faut changer la Constitution pour l'appliquer
Le projet du RN : emploi et services publics en priorité pour les Français, allocations familiales réservées aux Français, RSA et autres aides conditionnés à 5 ans de travail en France (LCP, proposition de loi au Sénat).
Ce n'est pas un détail technique. Le président du Conseil constitutionnel a déclaré qu'une préférence nationale appliquée de façon systématique est « contraire à la Constitution ». En avril 2024, le Conseil a déjà rejeté un projet de référendum qui limitait les aides sociales des étrangers en situation régulière, jugeant l'atteinte à leurs droits disproportionnée. Le RN prévoit donc de changer la Constitution, « si nécessaire par référendum » (LCP).
À dire : « Ton collègue, ta voisine, l'aide-soignante qui s'occupe de ta mère : s'ils ne sont pas français, ils cotisent comme toi mais toucheraient moins. Et pour le faire, il faut toucher à la Constitution. »
3. Des contre-pouvoirs d'un côté, un référendum pour les contourner de l'autre
Un président Mélenchon aurait face à lui l'Assemblée, le Sénat (à droite), le Conseil constitutionnel et les juges. Il ne pourrait pas faire n'importe quoi.
Le RN, lui, veut passer par le référendum de l'article 11, que le président soumet directement aux électeurs en contournant le Parlement (LCP). En Hongrie, et en Pologne entre 2015 et 2023, des gouvernements alliés du RN ont commencé par affaiblir les juges, puis la presse.
À dire : « Le Conseil constitutionnel, c'est ce qui protège tes droits quel que soit le gouvernement. Un parti qui veut passer à côté dès le début, ça devrait inquiéter tout le monde, même ceux qui votent pour lui. »
4. Sur le social, la différence est nette
- Côté Mélenchon : retraite à 60 ans avec 40 années de cotisation (LCP), SMIC à 1 600 € net, blocage des prix des produits de première nécessité, retour de l'ISF (programme).
- Côté RN : Marine Le Pen promet 62 ans voire 60 ans avec 40 à 42 ans de cotisation, quand Jordan Bardella dit que le parti « examine la question » et que « l'âge légal ne veut rien dire » (LCP).
À dire : « Les deux chefs du RN ne disent même pas la même chose sur ta retraite. Lequel tu crois ? »
5. On l'a déjà fait
En 2002, la gauche a voté Jacques Chirac sans l'aimer pour battre Jean-Marie Le Pen. Voter pour faire barrage n'a rien de honteux : c'est ce que des millions de gens ont fait, de gauche comme de droite, à chaque fois que l'extrême droite approchait du pouvoir.
À dire : « Les électeurs de gauche ont voté Chirac en 2002 en se bouchant le nez. Au second tour, tu peux voter Mélenchon de la même façon : contre Le Pen, pas pour lui. »
Que changerait le RN au pouvoir ?
| Sujet | Projet du RN | Ce que ça veut dire |
|---|---|---|
| Priorité nationale | Emploi et services publics réservés en priorité aux Français (Sénat) | Fin de l'égalité devant la loi entre gens qui vivent, travaillent et cotisent ici |
| Allocations familiales | Réservées aux Français | Une limitation de ce type a déjà été jugée disproportionnée par le Conseil constitutionnel |
| RSA | Conditionné à 5 ans de travail en France | Des familles en règle privées du dernier filet de sécurité |
| Droit du sol | Supprimé | Environ 32 000 jeunes nés et grandis en France sont devenus français par ce biais en 2022 (LCP) |
| Aide médicale d'État | Remplacée par une « aide médicale d'urgence » | Des maladies non soignées à temps, qui finissent aux urgences, plus graves et plus chères |
| Constitution | Changée par référendum (article 11) | Le Parlement contourné |
Que répondre aux objections ?
| On vous dit | Vous répondez |
|---|---|
| « Mélenchon me fait peur. » | Au second tour, tu votes pour un rempart, pas pour un ami. Et il aurait des contre-pouvoirs face à lui : Sénat, Conseil constitutionnel, juges. |
| « Si je vote Mélenchon, c'est que je le soutiens. » | Non. Un vote de second tour contre l'extrême droite n'est pas une adhésion. Ceux qui ont voté Chirac en 2002 ne sont pas devenus chiraquiens. |
| « On n'a jamais essayé le RN. » | On voit déjà ce qu'ils font de l'argent public quand ils en ont : condamnation confirmée en appel. Et on voit ailleurs en Europe ce que font leurs alliés au pouvoir. |
| « Ils sont devenus normaux. » | Le nom a changé, la cravate aussi. La priorité nationale, elle, est toujours le cœur du programme. |
| « De toute façon, l'immigration… » | On peut vouloir mieux contrôler l'immigration sans retirer les allocations à des familles qui travaillent et cotisent ici. |
| « LFI est accusée d'antisémitisme. » | Le débat est légitime, et des propos de responsables LFI ont été vivement critiqués. Mais le FN a été fondé avec d'anciens Waffen-SS et son fondateur a été condamné pour avoir qualifié les chambres à gaz de « détail » (voir le Kit anti-RN). |
| « Ça va coûter une fortune. » | La question, c'est qui paie : l'ISF et les plus riches d'un côté, des retraites floues et des aides retirées aux plus fragiles de l'autre. |
| « Je voterai blanc. » | Le vote blanc est compté à part mais n'entre pas dans le résultat : il ne retire aucune voix au RN. C'est laisser les autres choisir. |
Mis à jour le 30 octobre 2026. Chaque fait renvoie à sa source.